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Barcelone, Espagne

Combattre la fiction avec des faits: la campagne anti-rumeurs de BCN

La ville de Barcelone

November 19, 2012

La municipalité engage des agents communautaires pour dissiper les mythes au sujet des immigrants et pour contrecarrer la discrimination avec des faits et de la bonne humeur.

C’est toujours la même rengaine :

« Les immigrants envahissent … »

« Les immigrants reçoivent plus d’aide financière pour ouvrir leurs commerces … »

« Les immigrants surchargent nos services de santé … »

« Les immigrants ne veulent pas s’intégrer ou apprendre notre langue … »

Quelque soit la tournure de phrase ou le groupe visé, la désinformation a le pouvoir de créer des conflits et de la misère pour ses victimes et de propager des messages qui s’avèrent difficiles à dissiper.

En novembre 2010, quand le conseil municipal de Barcelone a dévoilé sa stratégie à long terme pour améliorer la coexistence parmi la population locale et les nouveaux immigrants, celui-ci a lancé une astucieuse campagne d’intérêt public pour dissiper les préjugés et les idées fausses que de nombreux habitants maintenaient au sujet des minorités et des immigrants.

Parmi les armes de la municipalité ? Elle a recruté et formé des « agents anti-rumeurs » pour dissiper les mythes et propager la campagne à travers les organismes locaux et les quartiers de la ville. Leur mission ? Contredire les fausses idées au sujet des immigrants et combattre la discrimination. Comment ? Agir en fonction des besoins tout en poursuivant les activités ordinaires de la vie quotidienne.

Les outils de la campagne : l’élément humain

Réfuter les mythes et les rumeurs, souvent les produits involontaires de la désinformation, est l’objectif principal de la campagne. Puisque le contact individuel contribue beaucoup à changer les opinions, les organisateurs de la campagne ont reconnu qu’une stratégie clé pour éliminer la discrimination serait de mettre une face humaine au message – et au messager.

Basé sur un projet similaire adopté en 2003 par le conseil régional voisin de Vallès, la première partie du projet a identifié les stéréotypes et préjugés qui circulaient à Barcelone. Ceux-ci comprenaient cinq thèmes.

• l’arrivée de nouveaux migrants ;

• les abus dans les services sociaux et de santé ;

• défaut de déclaration de revenus ou de paiement d’impôts :

• comportement antisocial dans les espaces publics ; et

• emplois enlevés à la population locale.

Ensuite, ils ont équipé les « agents anti-rumeurs » d’informations plus justes au sujet des migrants et de techniques pour adresser les idées fausses avec des interventions agiles basées sur la situation au travail, à la maison ou dans la rue. Par exemple, quand quelqu’un se plaignait que les « logements subventionnés étaient obtenus surtout par des étrangers » l’agent municipal anti-rumeurs pouvait tout de suite intervenir en disant : « Aujourd’hui seulement un sur 20 immigrants obtient ce genre de prestation. »

Réseau communautaire

Reconnaissant que le défi le plus important n’était pas de formuler le message mais de le faire sortir sur les rues de Barcelone, la ville a lancé sa campagne à travers un réseau de 80 organismes locaux qui travaillent dans le domaine de cohésion sociale et de coexistence. Les membres du réseau anti-rumeurs sont tous connectés grâce à un site web dédié, qui offre des informations, des sessions gratuites de formation et des guides en ligne pour adresser les défis essentiels. Une fois formés, les agents anti-rumeurs sont en mesure de diffuser leurs messages parmi leurs propres réseaux ainsi que de participer aux discussions et aux débats publics. Plus de 30 sessions d’information et de formation ont eu lieu dans les centres civiques locaux (casals) et il y en a encore à venir.

Le réseau anti-rumeurs utilise aussi une variété d’approches innovatrices pour diffuser son message – quelques-uns moins conventionnels que d’autres. En plus d’une campagne de publicité à travers la ville, le projet a organisé des débats publics avec des personnalités locales, du théâtre de rue subventionné et des vidéos humoristiques pour les non-lecteurs. Cependant, les bandes dessinées ont eu le plus grand succès.

Blanca et Rosita

Une des approches les plus inhabituelles de la campagne pour rendre public son message est une série de bandes dessinées intitulée « Blanca Rosita Barcelona ». Ecrite par le fameux illustrateur espagnol Miguel Gallardo, celles-ci racontent l’histoire de Rosita, une vieille dame du sud de l’Espagne qui vit à Barcelone avec sa jeune infirmière péruvienne, Blanca.

Chaque volume examine un des thèmes de la campagne à travers le contexte de la vie quotidienne. Par exemple, l’histoire de la visite chez le médecin par Rosita et Blanca vise à dissiper le mythe que les immigrants font usage abusif des services sociaux et de santé ou y ont un accès plus facile. Elle nous informe aussi que la plupart des immigrants sont des personnes jeunes qui utilisent moins le système de santé que la señora espagnole plus âgée. La bande dessinée se termine avec une section « le saviez-vous ? » qui fournit des données officielles sur le sujet. Les BD sont distribuées gratuitement dans les centres de services sociaux, les bibliothèques et les centres d’aide aux citoyens (OAC).

Le saviez-vous ?

La partie « le saviez-vous ? » de la campagne est basée sur les messages clé du site internet BCN réseau anti-rumeurs. Nouveau sur le site , se trouve une série amusante de quatre videos, dans le genre saynètes comiques, qui se moquent de stéréotypes variés, tels que l’idée de pouvoir perdre son identité culturelle à cause des immigrants.

La réussite

Depuis le lancement de la campagne anti-rumeurs et ses réseaux dans le contexte du plan inter-culturalité de la ville de Barcelone (en vue d’y améliorer la diversité culturelle), elle a marqué plusieurs jalons importants. Plus de 350 personnes ont été formées comme « agents anti-rumeurs ». La première édition de « Rosita Blanca Barcelona » a eu un tirage de 10 000 exemplaires, ce qui a été doublé pour la seconde édition. Un troisième volume (d’un total de cinq) est en préparation. Enfin, un nouveau guide pour combattre les préjugés et les stéréotypes est maintenant disponible en ligne.

Le conseil municipal de Barcelone est sérieux. Non seulement a-t-il crée un fond dédié au dialogue interculturel de 200 000 € par an pour les projets communautaires qui promeuvent les objectifs de la campagne anti-rumeurs, mais BCN a aussi investi dans un partenariat puissant avec les médias locaux pour éduquer les journalistes, promouvoir la prise de conscience et les préparer à répondre aux nouvelles négatives de manière constructive. Un groupe d’évaluation et de suivi des médias – y compris des organismes tels que le Col•legi de Periodistes de Catalunya (l’association professionnelle de journalistes), la Taula per la diversitat (la commission pour la diversité), le Consell Audiovisual de Catalunya (le conseil catalan de diffusion audiovisuelle), et d’autres – se réunit régulièrement pour discuter de l’approche des médias à la diversité culturelle et pour partager les bonnes pratiques – ainsi que réagir aux mauvaises.

Enfin et surtout, le réseau BCN anti-rumeurs s’avère être une bonne idée qui voyage bien. Plusieurs autres conseils municipaux catalans travaillent pour en établir leurs propres versions, par exemple, ceux des villes El Prat, Castelldefels, Tàrrega, Arbúcies et Mataró. Des villes espagnoles dans la province de Grenade et dans la région basque ont manifesté leur intérêt ainsi que d’autres villes européennes, dont Athènes et Genève.

Making it Work for You:

  • Comprendre le problème. Prendre le temps d’identifier et d’évaluer la question pour aboutir à de meilleures stratégies de changement et de meilleurs résultats.
  • Il faut penser hors des sentiers battus ! Utiliser l’humour pour affronter des problèmes sérieux et partager le message par le biais de formats inhabituels (comme les bandes dessinées).
  • Intégrer la programmation à travers divers domaines de travail et essayer de toucher de nouveaux publics. Raconter l’histoire à travers différents formats et canaux de communication, tels que le théâtre (les arts), les vidéos et médias sociaux (les jeunes), ou débats publics (les gouvernements locaux et les médias)
  • Instaurer la confiance et la transparence et permettre aux autres de reproduire la réussite en partageant les recherches, les guides de formation, les bonnes pratiques et les histoires de succès avec tout le monde

Maytree