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Anvers, Belgique

L’hôtel de ville tient compte des intérêts minoritaires

Minderhedenforum

December 5, 2012

Un conseil municipal propose à une fédération de groupes minoritaires d'améliorer les relations entre les communautés

Cherchant à améliorer ses relations avec des communautés minoritaires, la ville d’Anvers a fait appel au Minderhedenforum (Forum des communautés ethniques et culturelles), situé à Bruxelles. Le conseil municipal voulait trouver une nouvelle façon de se mettre en contact avec des organismes communautaires, et le Forum, après y avoir travaillé pendant dix ans, était en état de lui offrir un modèle réussi.

Plusieurs questions ont été posées, autant par la ville que par les groupes minoritaires. En 2009, une controverse a éclaté suite à l’interdiction du port du voile dans les écoles – ce qui a eu un écho international – deux ans seulement après l’interdiction du port des symboles religieux par les employés municipaux.

Encore faut-il ajouter qu’à la fin des élections locales de 2006 un parti d’extrême droite flamande nationaliste avait gagné 30 % du vote ; seule l’opposition des électeurs minoritaires avait empêché ce parti d’être le plus grand du conseil. En dépit d’un tel engagement politique, les musulmans, surtout ceux des communautés marocaine et turque, continuaient à se méfier des institutions municipales, selon la recherche qu’a effectuée les Open Society Foundations.

Les relations minoritaires étaient au point mort, et – avec une élection prévue pour 2012 – quelques choix décisifs affectant l’avenir de la ville se profilaient à l’horizon.

Ce qu’il fallait changer

Ville portuaire située dans la partie flamande de la Belgique (Flandre), Anvers a une population de presque 500 000 habitants dont environ 30 % sont nés ailleurs, soit dans plus de 170 pays différents. On compte dans la ville quelques 120 organismes ethnoculturels ainsi qu’un nombre de regroupements de ceux-ci. Bien qu’Anvers ait déjà eu un « Conseil des minorités ethniques (allochtone overleg en adviesraad) », on avait tendance à le considérer comme « désuet » et « polarisant » et non pas comme une source de conseils sur les politiques à adopter. La ville a dû admettre qu’il fallait repartir à neuf.

« Il y avait très peu de confiance, » dit Rafike Yilmaz, conseillère en politique auprès de Leen Verbist, échevine des affaires sociales, de la diversité et de l’ouverture. « Les organismes ne travaillaient pas ensemble, chacun préférant travailler de manière isolée. »

« Des deux côtés, on signalait des frustrations, » dit Naima Charkaoui, directeur du Minderhedenforum. « Les fédérations se disaient pas suffisamment engagées, pas du tout écoutées. Il leur manquait de véritables occasions de participation. Et la ville a reconnu qu’on avait besoin d’un nouveau départ. »

On pensait trouver dans le Forum la meilleure solution. Préalablement établi comme organisme de regroupement à but non lucratif, le Forum représentait déjà 17 fédérations ethnoculturelles comprenant plus de 1500 organismes, et il s’était distingué à titre d’organisme officiel de participation à Bruxelles. Sa structure lui permet d’engager d’une seule voix avec les divers ordres de gouvernement.

En 2010, après y avoir été invité par le conseil, le Forum a consenti à ouvrir une nouvelle succursale dans la ville. Ses objectifs se précisaient comme suit :

• renforcer, au moyen de discussions et de consultations, la coopération entre les fédérations ethnoculturelles minoritaires ;

• élargir et diversifier les réseaux et assurer qu’il y ait un lien entre les fédérations et les organismes non migrants ; et

• encourager la participation à la politique des collectivités locales en formulant des conseils stratégiques, en se concentrant sur les élections de 2012 et en organisant des sessions de formation portant sur l’engagement avec les autorités locales.

Tandis qu’auparavant, en Flandre et à Bruxelles, le Forum avait mis l’accent sur la coordination des discussions entre ses fédérations membres, à Anvers, par contre, on s’est adapté aux circonstances particulières en ouvrant la participation à des individus sans lien officiel avec une fédération membre. N’importe qui peut participer aux sessions de formation ou de discussion.

« Ici à Anvers on voit beaucoup de différentes ethnies, » dit Yilmaz. « C’est la force du Minderhadenforum qu’il peut se concentrer non seulement sur les grandes communautés mais aussi sur celles qui sont toutes petites – et même sur les individus. »

Les élections locales et au-delà

Toutefois, c’est la préparation des communautés minoritaires pour les élections locales d’octobre 2012 qui a été au centre des objectifs du Forum. Ce dernier a dressé une liste de recommandations, et il a facilité les contacts entre les électeurs, les organismes ethnoculturels locaux et les politiciens. Il a aussi élaboré des outils à l’intention des organismes membres (et du Forum lui-même) pour fournir aux électeurs locaux des sessions de formation touchant aux sujets tels que : ce que signifie voter, ce que représentent les différents partis politiques et comment s’inscrire pour y participer.

Les élections étaient importantes à un autre égard. La relation officielle entre la ville et le Forum arriverait à terme en octobre 2012. Le nouveau conseil déciderait alors de sa continuation pendant les six ans avant la prochaine élection. Les responsables du Forum n’avaient pas voulu signer un contrat à court terme conçu simplement pour avoir une incidence positive sur le taux de participation des électeurs. Il fallait que les intérêts minoritaires soient représentés d’une façon équitable dans les activités du gouvernement local – et cela sur le long terme. Donc, entre le Forum et le conseil il devait y avoir une relation indépendante, sans souci d’être coupée éventuellement par quelques conseillers peu enthousiastes de son message à base communautaire.

« À cause de ces élections locales, nous nous croyons véritablement en mesure – même à court terme – d’influer sur la participation civique, » dit Charkaoui. « Cela nous donne le temps de vraiment mettre quelque chose sur pied et, dans le pire des cas, même si nous devons nous arrêter, nous aurions laissé quelque chose de valeur pour – espérons-le – renforcer la participation des minorités aux élections locales. »

La réussite

En novembre 2011, Minderhedenforum Anvers s’est lancé officiellement avec toute une journée consacrée à des discours, des ateliers et des discussions de sujets aussi variés que l’augmentation de la diversité parmi les employés municipaux et l’examen d’un rapport récent sur les musulmans à Anvers. Parmi les projets à venir : un atelier sur les médias où les jeunes peuvent apprendre de journalistes locaux comment se faire écouter par les décideurs.

C’est déterminant pour le succès de ces projets que le conseil municipal d’Anvers considère le Forum comme un organisme indépendant, un tiers prêt à défendre les intérêts minoritaires dans la ville. Le Forum s’est déjà déclaré contre l’interdiction du port du voile qu’avait prononcée le conseil, parce que, selon lui, le débat public sur de telles questions peut réduire la frustration du public et mener à de meilleures décisions. Par exemple, dans la ville de Gand, on a vu que le débat public au sujet d’une interdiction partielle a aidé à réduire la frustration et la colère de ses communautés minoritaires.

« L’importance de cette initiative, je pense, c’est que dans un contexte où les relations sont vraiment pénibles, la ville a fait le choix de travailler avec un partenaire indépendant aussi bien que critique, » dit Charkaoui.

« Il faut avoir confiance en un partenaire indépendant, tout en se disant que bien qu’à la longue cela puisse améliorer les relations, dans l’immédiat les désaccords et les discussions vont se multiplier et les questions difficiles se présenter. »

Cette Bonne Idée a été identifiée par le projet des Open Society Foundations, At Home in Europe, comme une bonne pratique favorisant l’inclusion, la cohésion sociale et la non-discrimination. Pour en savoir plus, voir Living Together: Projects Promoting Inclusion in 11 EU Cities (OSF, 2011).

 

Making it Work for You:

  • Au moment d'élaborer de nouvelles structures permettant aux communautés sous-représentées de participer au processus local de prise de décisions, il faut jeter un coup d'œil à l'entour pour voir s'il y a des modèles réussis de participation qui peuvent s'y adapter.
  • À l'exemple du conseil municipal d'Anvers, ne pas hésiter à aller regarder à travers les secteurs ou dans d'autres juridictions afin de trouver le meilleur modèle disponible répondant aux besoins identifiés.
  • Se préparer à rencontrer de nouvelles idées ou un rejet du système actuel – c'est ça, la démocratie.
  • Le débat public peut atténuer le risque d'une prise de décision impopulaire et ouvrir la voie à plus de consensus entre groupes ou points de vue divers.
  • La consultation communautaire signifie un engagement à long terme à trouver des solutions adaptées aux besoins et aux intérêts de la communauté.

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Pour cette bonne idée, contacter:

Naima Charkaoui , Minderhedenforum
Vooruitgangsstraat 323/4
1030 Bruxelles , Belgique,
Tél : 02 - 245 88 30
naima@minderhedenforum.be
http://www.minderhedenforum.be

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