Education

Toronto, Canada

Qu’ils laissent leur empreinte : Ouvrir les perspectives scolaires aux jeunes réfugiés

The Maytree Foundation

March 24, 2011

Au Canada, pour ouvrir les perspectives scolaires aux jeunes aspirants réfugiés, on n’avait besoin que de «quatre petits mots».

Les quatre mots «… et les personnes protégées …» manquaient à la Loi fédérale sur l’aide financière aux étudiants. C’est par cette Loi que l’on détermine qui, au Canada, peut recevoir un prêt d’études afin de poursuivre des cours au niveau postsecondaire.

En ajoutant ces mots à la Loi, on a permis aux personnes protégées de faire une demande de prêt d’études nécessaires au financement de leur éducation postsecondaire et d’échapper ainsi à ce qui aurait pu être un cycle continu de talent gaspillé et d’ambition frustrée.

L’histoire de cette bonne idée remonte à l’année 1999, c’est à dire avant que n’ait été mise à jour la Loi fédérale sur l’aide financière aux étudiants. Les personnes protégées n’avaient pas alors accès à l’aide financière en tant qu’étudiants. Pour suppléer à ce manque, Maytree a mis en marche un programme de bourses qui continue aujourd’hui et assure aux étudiants le soutien et les activités dont ils ont besoin.

Maytree accueille annuellement un groupe d’étudiants âgés de 17 à 26 ans qui commencent leur première ou deuxième année d’université ou de collège à Toronto.

Le programme Maytree est aussi intensif que participatif. En plus du financement pour couvrir les frais de scolarité, les livres, le transport, le loyer et une indemnité de subsistance, on offre aux étudiants du mentorat et l’occasion de parfaire leurs compétences. Depuis trois ans, pendant l’année scolaire les étudiants boursiers prennent part également à un projet servant la communauté. À noter particulièrement : le réseau de pairs qui se développe, encourageant les étudiants à former des relations non seulement entre eux mais aussi avec leurs nouvelles communautés.

Toutefois, pour bien comprendre ce que peut être l’effet du programme de bourses Maytree, il vous faudrait faire la connaissance des participants et les écouter raconter leurs histoires, depuis le jour où, jeunes réfugiés, ils sont arrivés à Toronto jusqu’au moment où ils sont devenus des médecins, des avocats, des infirmières, des journalistes et des philosophes canadiens.

Une histoire comme celle d’Axelle Karera, qui à l’âge de 14 ans a dû se cacher pour échapper au génocide rwandais. Elle est arrivée à Toronto sept ans plus tard, espérant de refaire sa vie mais bien consciente des obstacles à franchir.

Elle se souvient : «Au départ, je ne voyais que les obstacles me barrant la route. En tant que personne protégée, je n’avais aucun accès à l’aide aux étudiants. Donc, je croyais qu’après avoir commencé à travailler et à gagner mon pain, il me serait difficile de changer de cap.»

Elle s’est inscrite d’abord à des cours d’anglais, suite auxquels certains enseignants, ayant su identifier son potentiel, l’ont encouragée à trouver des moyens pour s’inscrire à l’université. Là, elle a commencé avec deux cours de philosophie ; elle aurait bien voulu continuer mais l’argent lui manquait. Tout s’est résolu alors avec une bourse de Maytree. Au mois d’août dernier, Axelle est partie pour l’université de Pennsylvania State, où elle a été admise au programme de doctorat en philosophie. (Des deux cents candidats se présentant, seulement sept ont été admis.)
Un changement durable

N’ayant aucun accès aux prêts d’études, ces anciens réfugiés se sentaient d’autant plus vulnérables ; le coût de l’éducation postsecondaire les empêchait de réaliser leurs rêves et leurs ambitions. Avec son programme de bourses, chaque année Maytree ne pouvait soutenir que quelques étudiants. Évidemment, il fallait changer le système en s’adressant à la politique sociale sous-jacente et en demandant que la législation existante soit mise à jour.

Il fallait tout simplement que l’on y ajoute les mots «et les personnes protégées». Mais cela a pris cinq ans, et pour l’accomplir on a eu besoin d’une communauté de partenaires, une série de campagnes de pression et un engagement continu à améliorer le système d’asile.

On n’a pas négligé de mentionner les réussites des anciens boursiers Maytree – et ce à quoi ils ont dû faire face avant de trouver refuge ici – lorsque l’on plaidait en faveur du changement. Et les boursiers s’y sont impliqués effectivement. Ils ont même voyagé à Ottawa, pour raconter leurs histoires aux députés.

Uitsile Ndlovu, ancienne boursière Maytree, résume ce qu’elle a éprouvé : «[… en tant que réfugiée au Canada], … il m’a fallu reconnaître que toute personne, quelle que soit sa place, peut faire une différence dans la vie d’un autre. Ce n’est pas nécessaire d’être tout au sommet de l’échelle pour soulever quelqu’un.»

En 2003, le changement à la législation permettant aux personnes protégées de demander un prêt d’études a été inclu dans le budget fédéral. La Loi a été approuvée dans la Chambre des Communes, où, de surcroît, les députés se sont levés pour l’ovationner. Le travail continue

Maytree et ses boursiers, ainsi qu’une communauté résolue de gens y apportant leur soutien, ont dû travailler fort pour assurer que les réfugiés ne seraient pas empêchés de poursuivre des études postsecondaires par le système lui-même. Jusqu’à présent, Maytree a fourni 150 bourses à des personnes protégées s’étant installées au Canada. Elle continue à travailler avec ses étudiants aspirants de collège et d’université et de faire pression pour un changement social progressif.

«À une époque où on voit la compassion se diminuer et les attitudes envers les réfugiés, ici et ailleurs, se durcir, nous croyons faire un excellent argument avec notre programme de bourses pour que le Canada continue à s’ouvrir, et s’ouvrir davantage, aux réfugiés,» dit Judy Broadbent, présidente, Maytree.

En octobre 2009, le programme de bourses a fêté son dixième anniversaire en publiant «Making Their Mark», un recueil d’histoires des boursiers actuels et anciens, avec un essai de Peter Showler sur le système canadien d’asile. M.. Showler est directeur du Forum des personnes réfugiées, situé au Centre de recherche et d’enseignement des droits de la personne, à l’Université d’Ottawa.

Le programme de bourses Maytree était, au départ, une réponse – locale, pratique et compatissante – à un défaut dans le système d’asile. Depuis lors, sa contribution à la réforme politique a bénéficié des centaines de jeunes réfugiés partout au Canada. Cela illustre bien comment une idée bonne et simple peut avoir pour résultat un changement social important.

Pour accéder au rapport du dixième anniversaire, Making Their Mark, cliquer ici.

 

Making it Work for You:

  • Program participants can be your best ambassadors. Let their success stories help you achieve your organizational goals.
  • The combination of mentoring and peer support creates a secure environment for vulnerable or marginalized populations and makes participants into potential leaders.
  • Social change initiatives require good research, a practical understanding of the regulatory environment and strategies for on-the-ground impact and long-term success
  • Good practice and successful outcomes can pave the way for policy change

Maytree