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Paris, France

Narrations d’appartenance

Manifesta et le Runnymede Trust

December 6, 2012

Les jeunes font des vidéos pour exprimer leur identité et leur sentiment d'appartenance.

copyright © Manifesta, 2008

Un bâtiment dont les origines remontent à l’ère coloniale et avec, à l’extérieur, des scènes sculptées de la vie tropicale dite exotique, la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration à Paris peut être considérée comme un choix controversé, sinon ironique, pour un musée consacré à un tel sujet.

À l’intérieur, toutefois, il n’y a rien d’historique dans les gestes animés et les vifs échanges de ces jeunes se risquant à parler anglais, français ou portugais avec l’aide de traduction simultanée. Leurs débats portent sur la réhabilitation urbaine, les endroits à fréquenter, les relations communautaires avec la police et les projets pour l’avenir.

La matière à débat ? Que vous signifie « appartenir » ?

Voilà la question centrale posée à des adolescents vivant dans les trois villes ciblées de Paris, Lisbonne et Londres alors qu’ils s’engageaient dans un nouveau projet transnational pour apprendre qu’est-ce que cela signifie d’appartenir à un lieu ou à une communauté, en faisant usage du dialogue interculturel et de la vidéo pour en documenter les principales leçons.

Le Projet Appartenance

Les jeunes ont été invités à parler de ce que leur signifient l’appartenance et l’identité, surtout quand ils ont eu à gérer de multiples identités flexibles (par ex., fille, Parisienne, musulman, amie, Française) et peuvent « appartenir » à deux lieux différents (à la France, au Portugal) en même temps.

Collaborant en petits groupes avec des artistes créateurs de vidéo et de film, les participants ont fait des courts métrages (d’une durée maximale de 3 minutes) traitant de divers sujets sous le titre de projet trilingue : « Belonging / Chez Nous / Pertencer ».

Ce que le projet a d’unique, c’est sa perspective interurbaine. Ces cinéastes en herbe provenant de trois villes – des jeunes de différents milieux culturels qui ont été marginalisés à Londres (Newham), Lisbonne (Casal da Boba) ou Paris (le 20e arrondissement) – après y avoir achevé le tournage se sont réunis pour partager et discuter ce qu’ils ont vécu.

Le résultat : 43 courts métrages à nous donner un aperçu des pensées, aspirations et soucis de ces jeunes migrants urbains et de leurs points de vue sur l’« appartenance ».

Il en est ressorti que les cinéastes avaient eu, dans les trois villes, des expériences qui se prêtaient aussi bien à des comparaisons qu’à des contrastes. Tous jeunes, exubérants, et sans équivoque Parisiens, Lisbonnais ou Londoniens, ces individus se déplaçaient facilement d’une identité à l’autre dans leurs propres communautés et quartiers.

Convocation interculturelle

On a choisi trois endroits pour les ateliers: la Cité des Amandiers dans le 20e arrondissement de Paris; l’arrondissement de Newham à Londres; et le quartier Casal da Boba à Lisbonne. Les trois se ressemblent en ce qui concerne leur population et leur histoire. Parmi leurs points communs :

• Les « quartiers jeunes », c’est à dire, les zones dont une forte proportion des habitants sont jeunes. Les moins de 24 ans sont à 27,31 % dans le 20e arrondissement de Paris, à 41 % dans l’arrondissement de Newham et à 49% dans le quartier Casal da Boba.

• Historiquement, les migrants s’y sont installés en grand nombre, souvent pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre. Par conséquent, on y trouve une forte proportion de minorités ethniques et de migrants.

• Toutes les zones souffrent de piètres conditions socioéconomiques, avec des taux de chômage élevés et un faible niveau d’instruction scolaire.

• Enfin, deux des trois zones (Casal da Boba et la Cité des Amandiers) ont subit des tensions importantes entre les jeunes et la police.

Chaque court métrage s’adressait à des expériences particulières, mais on a pu y déceler certains thèmes géographiques. Par exemple, à Lisbonne l’appartenance s’est définie par l’endroit où on habite, à Paris c’était plutôt la façon dont on vit et à Londres c’était surtout une question d’identité personnelle.

Les jeunes ont discuté de sujets importants tels que la migration et la communauté, mais ils ont parlé également de la solitude, de l’ennui et de l’absurdité d’avoir à dire maintes fois à quel pays ils appartiennent. Ce qu’on a le plus communément éprouvé dans chaque groupe, c’était un sentiment d’identité unificateur, bien que distinct sur le plan culturel et local.

L’un des participants londoniens a décrit comment sa rencontre avec les autres groupes à Paris l’avait fait réfléchir un peu différemment aux questions débattues. « Les Français et les Portugais nous ont accueilli tout chaleureusement – la langue n’était pas un obstacle … nous avons trouvé d’autres moyens de communiquer. C’était intéressant de constater de quelle façon leurs vidéos se distinguaient des nôtres. Nous avons voulu montrer à quel point cela peut être beau de vivre à Londres, sans avoir vraiment pensé à la criminalité ou à aucun des mauvais côtés … Je crois que cela m’a le plus frappé pendant ce voyage – parce que j’ai découvert un monde entièrement nouveau. »

Les discussions et les messages, tirés des vidéos ainsi que du dialogue entre les jeunes, nous offrent une occasion unique d’examiner leurs perspectives sous l’angle de la politique. Les vidéos deviennent un puissant canal de communication pour la voix migrante, permettant à ces jeunes de partager leurs vues à l’égard de questions importantes et d’atteindre un large public d’amis, d’institutions, de décideurs politiques ainsi que de dirigeants de communautés locales.

La réussite

copyright © Benedict Hilliard, 2008

La collection vidéo Appartenance et le dialogue interculturel ont été conçus de telle sorte à être disponibles lors des célébrations de clôture de l’Année européenne du dialogue interculturel, pour qu’on ne manque pas d’y entendre la voix des jeunes de l’Europe.

Grâce au projet, on connaît les réflexions et les recommandations qu’avaient faites les jeunes sur de tels sujets que la migration, la lutte contre le racisme et le développement communautaire, ce qui va sûrement nourrir les débats d’orientation. En plus, on a fait usage du contenu généré par le projet pour fournir des ressources pédagogiques au programme national d’études anglais s’agissant de la lutte contre le racisme, des identités, de la citoyenneté et du développement de nouvelles communautés.

Le partenariat Appartenance a réussi à combiner deux expériences – celle de Manifesta, avec sa conception et réalisation de projets européens concernant la diversité culturelle, le dialogue interculturel et l’exclusion/inclusion sociale, à travers les arts et la culture et la production de films et de vidéos, et celle de Runnymede Trust, avec sa politique et recherche sur l’égalité raciale.

Les vidéos Appartenance ont été montrées dans le cadre du site web de la BBC (Londres), présélectionnées lors du StrangerFestival à Amsterdam et projetées pendant une table ronde sur la ville interethnique organisée par l’Alliance des civilisations de l’ONU (AOC) au siège à New York. Toutes les vidéos vont être diffusées par le service public national de la télévision (RTP) au Portugal.

En novembre 2009, six des vidéos Appartenance ont été identifiées comme finalistes par PLURAL+, la concurrence internationale de films pour la jeunesse de l’AOC.

Making it Work for You:

  • Envisager d'autres formes pour réunir les gens ou pour documenter le travail. Par exemple, les projets de vidéo ont favorisé la collaboration et l'échange de connaissances et sont devenus un puissant canal de communication pour faire entendre la voix des jeunes et leurs vues à l'égard de questions importantes.
  • Il faut s'amuser ! L'humour est un ingrédient essentiel, même lors des débats les plus graves et surtout avec des jeunes.
  • Les obstacles linguistiques vont tomber une fois que les participants ont identifié leurs points communs et se sont engagés dans un seul objectif ou projet.
  • Assurer que les voix des participants soient entendues aussi bien par la communauté locale que par le grand public, les institutions et les décideurs politiques.

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Marion Vargaftig , Manifesta
88, Cambridge Gardens
Londres,
W10 6HS
+44 (0) 208 892 8504
marion@manifesta.org.uk
http://www.manifesta.org.uk

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