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Dublin, Irlande

Le transport relie, le racisme divise

Le Conseil de l'immigration d'Irlande

January 27, 2015

Une campagne contre le racisme se concentre sur les transports en commun et comprend des formations du personnel, ainsi qu'une amélioration des systèmes de suivi et de contrôle des rapports d'incidents

Contrôleur de tickets pour la compagnie dublinoise de tramway, Arundhati est confronté à des agressions verbales au quotidien. Servir d’une cible facile est un prix lourd à payer pour simplement faire son travail. Et pour les employés des transports en commun qui comme Arundhati se retrouvent en première ligne, être issu de l’immigration peut aussi faire surgir le spectre dérangeant du racisme.

Les incidents racistes représentent également un danger pour la sécurité et le confort des voyageurs. C’est ainsi que lorsque des signalements d’abus racistes envers les employés des transports de la ville sont apparus dans les médias locaux, les compagnies de transport, telles que la compagnie d’autobus Dublin Bus, les autorités nationales de transport, l’entreprise de transport Veolia Dublin Light Rail Ltd, et la compagnie ferroviaire irlandaise Irish Rail (Iarnród Éireann) se sont associées pour réagir.

Le résultat ? Une campagne médiatique de grande envergure – « Les transports de Dublin relient, le racisme divise » – affichée sur les autobus, les trams, les trains et les taxis. Et au niveau du siège social ? Des formations du personnel, une augmentation de la surveillance et des suivis de rapports d’incidents.

Une ville en mouvement

Traditionnellement un pays d’émigration, l’Irlande, lors de ses années de boom économique, a reçu une vague d’immigration importante ; les données du recensement de 2011 indiquent que la part de migrants en Irlande est de plus de 17 % et que dans certaines parties de Dublin elle monte jusqu’à 50 %. L’intégration fonctionne ; les taux de naturalisation sont élevés. L’Irlande recrute régulièrement des migrants hautement qualifiés venants de l’étranger, et fait la promotion de son système d’éducation comme étant globalement l’un des meilleurs, attirant et accueillant un grand nombre d’étudiants internationaux.

La main-d’œuvre évolue également. Les personnes d’origines ethniques diverses sont aussi bien représentées dans les services publics que dans le secteur privé. Cette diversité se reflète? au sein des salariés des grandes compagnies de transport. La compagnie d’autobus Dublin Bus, par exemple, emploie 3200 personnes, dont 15 % sont des migrants.
De tels changements nécessitent des réponses innovatrices lorsque des problèmes se présentent. Quand Dublin Bus, Veolia et d’autres compagnies ont mené une enquête sur l’augmentation du nombre d’incidents raciaux, ils ont aussi découvert que les chauffeurs et les contrôleurs s’avouaient ignorants de comment gérer ces situations. Soudain on a dû reconnaître que le problème ne se lie pas uniquement au racisme mais aussi à l’encadrement et à la formation d’une main-d’œuvre diversifiée.

Pour répondre à ces problèmes, les compagnies de transport se sont rassemblées et ont formé un partenariat afin d’inviter le Conseil de l’immigration d’Irlande à concevoir une stratégie que toutes les parties pourraient soutenir et promouvoir activement.

Prendre le racisme au sérieux

Le Conseil a depuis longtemps réussi à prendre en charge les problèmes des immigrants, y compris par la mise en place de telles campagnes d’information publiques que « Did You Know You Can Vote? » [Saviez-vous que vous pouvez voter?] et « Count Us In » [Prenez-nous en compte]. Après avoir examiné des rapports faisant état d’incidents racistes enregistrés par son service de conseils et de soutien aux victimes d’incidents racistes, le Conseil a mené trois groupes de discussion différents – un groupe de professionnels de la santé d’origine asiatique, un groupe de chauffeurs de Dublin Bus d’origine africaine et un groupe multi-ethnique de Veolia Transport. Beaucoup de participants étaient des citoyens irlandais naturalisés, mais ils ont tout de même témoigné des cas de racisme qu’ils ont rencontré au quotidien dans le cadre de leur travail, et de leur sentiment que leurs plaintes n’étaient pas réellement prises en compte par la direction. En 2011, ces constatations ont été publiées dans « Taking Racism Seriously: Migrants’ Experiences of Violence, Harassment and Anti-Social Behaviour in the Dublin Area » [Prendre le racisme au sérieux : expériences des migrants de cas de violence, de harcèlement et de comportements antisociaux dans la région de Dublin].

Cette recherche a servi de base au partenariat que le Conseil a formé avec les compagnies de transport dublinoises et a abouti àune nouvelle campagne – ? « Dublin’s Transport Links, Racism Divides » [Les transports de Dublin relient, le racisme divise] – cofinancée par le conseil municipal et ayantpour objectif d’éliminer le racisme dans les transports en commun. La campagne reposait sur la création de posters et de publicités, l’organisation d’une séance de photos où figuraient des employés des compagnies de transport et une campagne médiatique. Le slogan et les publicités ont été affichés par les différents partenaires sur les autobus, les trams et les trains de banlieue.

Pour étendre encore plus la portée de la campagne, les autorités nationales de transport (NTA) ont contacté les 12000 chauffeurs de taxis agréés de Dublin, ce qui leur a valu le prix « Africa Day » de Metro Eireann le 25 mai 2013 en reconnaissance de leurs efforts exceptionnels. Les publicités de campagne ont aussi été affichées en nombre auprès des arrêts de taxi à l’aéroport de Dublin.

De retour au siège social

En plus de la campagne de sensibilisation de la population, les compagnies de transport ont fait suivre des formations à leurs équipes et ont développé des systèmes innovants pour signaler les incidents racistes qui pourraient améliorer la réponse institutionnelle face au racisme dans les trains, les trams et les autobus. Une application mobile a été créée pour encourager les plus jeunes et les aficionados de médias sociaux à filmer ou photographier les cas d’abus ou à dénoncer les incidents sur une plateforme publique virtuelle – l’«e-commons » – accessible via une adresse courriel dédiée : « stop-racism. »
D’après Gerry Murphy, chef exécutif des autorités nationales de transport : « Les usagers de transports en commun et les employés ne devraient jamais être sujets à des commentaires ou à des attaques racistes. Nous avons pris cette initiative, avec le conseil de l’immigration de l’Irlande, pour assurer que toutes les équipes de transport soient formées et que les messages de grande envergure soient immédiatement visibles sur tous les modes de transport de Dublin – les autobus, les trains et les trams – affichant clairement que nous ne tolérerons aucune forme de racisme. »

Succès

Le lancement de la campagne de sensibilisation contre le racisme a été prévu pour coïncider avec la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale du 21 mars 2013 et la Semaine européenne d’actions contre le racisme. La campagne a eu pour résultat une forte augmentation de rapports d’incidents racistes, indiquant que les messages clairs de la campagne et le soutien de haut niveau de la part du conseil municipal, des autorités de transport et des citoyens ont porté fruit, en donnant aux victimes d’abus la confiance nécessaire pour témoigner de ce qui n’avait pas été par le passé enregistré comme incidents. Les étapes suivantes du projet consistent à étendre la campagne à d’autres villes irlandaises à temps pour la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale de 2014.

Pour Denise Charlton, chef exécutive du conseil des immigrants d’Irlande : « Bien que nous répondions actuellement à un cas sérieux d’incident raciste par semaine, c’est évident qu’il y a bien d’autres qui ne nous parviennent pas. La suffisance est l’une des plus grandes barrières à dépasser en ce qui concerne le racisme, et ce front uni pourra garantir aux gens que c’est un problème que les opérateurs de transport sont déterminés à affronter. »

Ce travail collectif de la part des compagnies de transport donne le bon exemple aux entreprises et démontre à quel point les employeurs responsables peuvent protéger leurs employés et la communauté contre les incidents racistes. De telles actions contribuent à créer de meilleures villes, plus sûres et plus inclusives.
Avec la participation de Fidèle Mutwarasibo, du Conseil de l’immigration de l’Irlande, et d’Anna Ludwinek, de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, revue pour publication

Making it Work for You:

  • Faites des recherches pour en savoir plus sur l'étendue de ce problème dans votre communauté. Ces constatations serviront de base à une campagne médiatique qu'on peut fournir à des journalistes.
  • Les partenariats élargissent l'impact d'une campagne. Rapprochez-vous d'autres organisations qui partagent des idées similaires et avec lesquelles il est possible de travailler, mais souvenez-vous de chercher des partenaires nouveaux ou moins évidents aptes à susciter l'intérêt de nouveaux publics.
  • En lançant votre campagne le même jour qu'un autre événement public de grande ampleur, vous gagnerez en visibilité.
  • Les victimes d'attaques et d'abus racistes sont souvent réticentes à signaler les incidents. Utilisez la campagne pour leur donner la force de parler de leurs expériences et d'aider les autres à combattre le racisme.

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Pour cette bonne idée, contacter:

Fidèle Mutwarasibo, Immigrant Council of Ireland
2 St Andrew Street
Dublin, Ireland,
fidele@immigrantcouncil.ie
http://www.immigrantcouncil.ie

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